1.1 Lieu de Passage, 2019-2020

Un mur évanescent flotte à un centimètre du sol, suspendu aux rouages autrefois utlisés par le moulin qui alimentait le feu de l’ancienne usine de couteaux. Ce lieu de passage délimite une partie de l’espace d’exposition du centre d’art Le Creux de l’Enfer (Thiers). Imposible à contourner, le mur est placé stratégiquement devant les escaliers menant à l’étage supérieur de l’exposition Eclats - Constellation Provisoire. L’installation existe pour être traversée et contemplée depuis deux angles différents. Le point de vue extérieur et frontal, accroche le regard grâce aux motifs rouges sur fond blanc et bleu. Le point de vue intérieur, qui incarne les coulisses de l’installation, permet un regard différent sur le reste de l’exposition, à travers la transparence de la gaze. La structure textile prend intentionnellement la forme d’une façade de maison, à travers la porte de laquelle passent diverses présences. Une vidéo-projection montrant une ombre discrète qui gesticule par endroits, mime la fenêtre de ce décor scénique. Une fois passé le pas de la porte, une table où se trouvent les matrices ayant servi aux impressions, tient lieu de décor intérieur. L’histoire de l’ancienne coutellerie inspire les formes du mur en gaze. Cinq mouvements d’un couteau sont gravés dans le bois des cinq matrices. Déclinés sur la gaze, les couteaux perdent leur image d’objets utiles, gardant la couelur rouge comme seul lien avec la symbolique ambivalente de l’outil. Les couteaux rouges sur la gaze blanche, habituellement utilisée pour panser les plaies, exorcisent la douleur charactéristique de l’ancienne usine. Ayant gardé la dénomination de l’endroit, bâptisé ainsi à cause des nombreux incendies l’ayant répétitivement ravagé, le centre d’art préserve les traces de l’industrie qui a été la fièreté et le déclin de la ville. Ce fleuron de la coutellerie a inspiré la nouvelle La Ville Noire  (1861), écrite par Georges Sand qui, comme d’autres, n’était là que de passage. 

 

2.1 Vies Oubliées, 2019

La collaboration avec Leatitia Musawinabo a eu lieu dans le cadre de la soirée de performance Carte Blanche, curatoriée par l’artiste et enseignante Magali Desbazeille, à la salle de concerts Le Nadir de l’espace d’art Emmetrop (Bourges). Ecrite par Laetitia Musawinabo et scénographiée par moi, la performance a conté une fiction autour d’un pays imaginaire. Chacune de nous a donné voix, à la première et troisième personne et à tour de rôle, aux personnages de la fiction, dans leurs tentatives de fuir leur pays d’origine, détruit par les guerres et famines.  Inspirée d’une histoire réelle, la performance est tacitement liée à nos origines respectives. L’histoire latente de l’exil des parents de Laetitia, du Rwanda vers la France, pour échapper au génocide, est attenuée par la fiction qu’induisent les photos de la Roumanie, vidéo-projetées sur la scène. Pour la performance, la majorité des pièces utilisées comme décor ou accessoires scéniques sont des oeuvres autrement exposées au mur. Elles sont devenues les parures d’une nation imaginaire invenée par Laetitia, mais aussi des objest capables de diluer la gravité du sujet. Leur utilisation à des moments-clé de la narration a donné une consistance au récit.

 

2.4 Ecologies of Repair, 2022

Les trois pièces « All Roads », « Are Paved », « With Good intentions » (« Tous les chemins » « Sont pavés » « De bonnes intentions ») sont interconnectées. Elles sont le résultant d’une recherche ethnographique réalisée le temps d’un été dans le village Miroși (jud. Argeș), découlant ainsi des échanges avec les agriculteurs locaux. Le sujet de l’expérimentation portait sur la paille comme résidu du blé et sur son potentiel réparateur.  Le travail de recherche remet en perspective la relation de l’homme au végétal, à travers l’observation des pratiques constructives et de gaspillage, qu’on trouve dans la dynamique de l’agriculture locale et dans les habitudes des villageois. En abordant un matériau inutile et négligé, je questionne les limites des pratiques écologiques et les utopies champêtres. Les ressources gaspillées et l’utilisation paradoxale des matières premières sont posées sur la table, comme un cri vers l’actuelle crise européenne des céréales provoquée par la guerre. Que faire lorsque le grain vient à manquer et tout ce qu’il nous reste n’est que la paille ?
Les pièces ont sont visible dans l’exposition Ecologies of Repair (« Ecologies réparatrices ») à la galerie Gaep (Bucarest, Roumanie).

1.2 Chamber of Oblivion,  2022

« Chamber of oblivion »  déconstruit la pièce traditionnelle roumaine. L’installation mime chaises, porte et fenêtre, par l’appropriation de tapisseries confectionnées par des femmes anonymes. L’installation souligne le paradoxe selon lequel ce qui tombe en désuétude est aussi ce qui contient une mémoire collective, mais qu’on a tendance à vouloir renier au profit du présent. L’environnement sonore qui accompagne ces objets énonce le mot “oublié” en 17 langues, entrecoupé par les bruits du quotidien d’une présence invisible. La pièce reprend la dimension introspective d’une chambre de réflexion, lieu qui servait de rite de passage lors de cérémonies tenues par certains groupes de personnes. L’endroit est propice à un processus d’isolation durant lequel des objets aident à l’introspection. Ces objets sont des traces d’une temporalité qui n’est pas encore survenue, d’un passé qui nous rattrape à reculons. Si vous avez déjà regardé la série Twin Peaks, vous êtes sûrement familiers avec un lieu appelé « The Black Lodge ». La pièce a été réalisée pour l’exposition « No need for the dollhouse roof », partie du cycle « Looking to introduce something uncomfortable », organisé par la galerie Cands (Cluj, Roumanie).

1.4 uʁzəli, 2021 - Ongoing

En 2021, j’ai pris la décision de mener à bout un projet de longue haleine autour des techniques de tissage traditionnel Roumain. Nommé « uʁzəli » (Chaînes), le projet cherche à mettre en lumière les gestes de l’artisanat traditionnel roumain et à créer des fictions autour des superstitions ambivalentes qui s’y attachent. La collaboration avec les tisserandes donne lieu à des pièces qui réutilisent les motifs hérité du folklore local. En adoptant une approche ethnographique qui se concentre sur les liens interpersonnels, je documente mes interactions avec tout en apprenant les ficelles du métier. J’adopte le geste de collectionner les productions des artisans autodidactes afin d’alimenter leur petit commerce. Être en contact avec ces personnes implique de les soutenir financièrement et d’aider le commerce local d’objets faits-main, qui n’est réglementé par aucun système officiel. Peu de tisserandes font la passation de leur savoir, encore moins à des étranges, et presque aucune ne veut être filmée. Elles créent leurs liens au sein de communautés locales, dans des villages reclus. Les techniques qu’elles utilisent, profondément ancrées dans la société roumaine jusqu’à la moitié du 21eme siècle, demandaient l’implication de toute la famille.  

 

2.2 Bad Luck for Broken Promises, 2022

“Bad luck for broken promises” est l’entrée avant le plat de résistance, “Chamber of Oblivion”, lors du vernissage de l’expoition “No Need for the Dollhouse Roof”. Alors que l’installation met en scène une tradition tombée en désuétude, la performance jette un regard sur la dégradation de l’état du monde actuel. En partant de superstitions-clichés, dont la plus connue est qu’il faut éviter d’ouvrir son parapluie à l’intérieur d’une maison, j’attire l’attention avec ironie sur une certaine forme d’hypocrisie sociale. Je construis l’action avec des accessoires qui répandent des mots malchanceux. Il ne pleut que sur moi sous le parapluie relié à une pompe à arroser le jardin, dont l’inscription indique “Le Jardinier Professionnel”. Sur les flyers mouillés distribués aux visiteurs, les inscritions portent des fausses affirmations à prendre avec un grain de sel. Ces mots très optimistes ont une certaine capacité à appeler au bon sens et à l’esprit critique de chacun.

 

1.3 Portes, Eaux troubles, Voie, Sans Titre, 2021

Ces pièces ont été conçues dans le village de Miroși, région d’Argeș au sud de la Roumanie, pour l’exposition Croisures
et Souvenances , à la galerie La Transversale (Bourges). Les six éléments qui constituent les installations textiles, utilisent des objets décoratifs du quotidien paysan de Miroși et Focșani (au nord). Avec la technique du tufting, je m’approprie des carpettes et couvre-lits confectionnés à la main. Grâce au soutien
de la tisserande Florica et de la famille Negoiță, ces canevas de motifs aux couleurs saturées deviennent des dossiers primaires, capables d’accueillir des formes nouvelles. Altérés par mon intervention, les objets utilitaires perdent leur rôle ornemental et se retrouvent éloignés des maisons qui les accueillaient. Leur est ainsi offerte une seconde vie, afin que les étoffes puissent témoigner de la disparition des pratiques artisanales roumaines, dont la production symbolisait l’individualité de la culture traditionnelle. Sur les trois tisserandes ayant confectionné les couvre-lits, deux d’entre elles se sont éteintes sans passer le
savoir aux descendants de la famille. La cosmogonie se partage entre formes abstraites, anthropomorphes, zoomorphes, cosmiques ou géométriques. Suivant la piste des représentations
végétales, je prends le décoratif comme prétexte afin d’entamer une réflexion sur la psychologie primitive des symboles naturels. C’est une invitation à un voyage à rebours, où l’imagination matérielle (François Bachelard) questionne la perception des formes.

 

1.5 Making War, 2021

L’action performative s’adapte à un montage vidéo, à l’occasion de l’exposition Ballad of Escape. Le thème de l’exposition, qui s’est tenue au Musée National du Paysan Roumain, était la thérapie par la chorégraphie. Les gestes répertoriés dans la vidéo présentée reprennent les mouvements basiques qui surviennent lors de la préparation d’un métier à tisser, et pendant son utilisation.  La vidéo se concentre sur l’interaction indirecte entre le corps et l’objet. Le vocabulaire textile qui apparaît dans le montage devient prétexte à une composition de l’ordre de la poésie. Un jeu sémantique avec les sens multipes des mots permet d’amorser une possible narration: «shuttle» (nacelle, mais aussi forme de transport en commun), «shaft» (chaîne, mais aussi rayon de lumière), «horses» (ratière mais aussi cheval), «beam» (rouleau, mais aussi lueur), «warp» (lisses, mais ausi déformation). «La navette», «le rayon», «les chevaux» n’ont plus le rôle d’outils dans les phrases, mais deviennent les sujets d’un récit suggéré. La traduction littérale du métier à tisser depui le roumain est “guerre à tisser”, ce qui donner le titre de la vidéo.

 
 

2.3 Our Daily Bread, 2022

« Our Daily Bread » est une réaction aux lieux communs tels que celui de prendre des douches raccourcies pour sauver la planète. L’action interagit avec les pièces de l’exposition « Ecologies of Repair » dans l’intention d’amener un sens supplémentaire au sujet. Il s’agit de mettre en pratique de manière cynique les nouvelles habitudes alimentaires à adopter suite à la crise des céréales instiguée par la guerre actuelle. En mai 2022, Alok Sharma, président de la COP 26, tenait un discours de 40 minutes afin d’énoncer les objectifs à atteindre avant la COP27. C’est sur le rythme lent de son discours que je mange ce qui semble être des pierres, entreposées dans l’œuvre « Are Paved ». La performance a eu lieu lors de l’ouverture de l’exposition.

 
 

2.5 Non-Lieux, 2019-2020

Deux pièces de cette série de quatre collages numériques, qui rassemble les prises de vue de quatre pellicules argentiques, ont été sélectionnées pour une installation in situ au centre d’art Le Creux de l’Enfer (Thiers). Au sein de ces collages, des morceaux de lieux s’amalgament en spatialisations absurdes, comme regardées à travers un prisme. La végétation et les bouts d’arangements botaniques capturés par les photos originales se trouvaient dans des zones périurbaines, ce qui rend les collages conscients du fait que la notion de “nature” est devenue aujourd’hui un mythe. En partant de l’idée que toute végétation est contrôlée par la main humaine, et n’est que l’aménagement d’un décor plaisant, il est naturel que les Non-Lieux existent par négation, et n’évoquent que des endroits inexistants. Il a donc été logique que ces lieux factices passent de l’espace numérique à l’espace réel. Leur transposition dans l’environnement immédiat rappelle que, malgré l’utilisation de formes végétales, les oeuvres sont le résultat d’une construction culturelle et non d’un processus organique. Imprimés sur des drapeaux publicitaires, ces non-lieux ont été placés à l’extérieur du centre d’art, en dialogue avec la cascade et les plantes forrestières, à l’occasion de l’exposition Eclats - Constellation Provisoire. Par ce geste, les drapeaux dénoncent l’instrumentalisation de la “nature” dans la société contemporaine. L’installation in situ a été curatoriée par la commissaire Aurélie Barnier. 

3.1 Rétines, 2017

Neuf néons au gaz argon et néon ressortent sous la forme de six yeux en anamorphose, visibles depuis différents points d’observation. Réalisés en partenariat avec le lycée professionnel Dorian (Paris), dans le laboratoire “Enseignes et néons”, les pièces dépassent la contrainte naturellement bidimensionnelle imposée par la technique du modelage des tubes en verre. L’installation se veut pénétrable, disposées de telle façon à ce que le parcours de visite puisse passer par son centre. Les formes d’yeux ont été choisies en réflexion à la perception de la lumière. Rien ne peut être vu sans particules lumineuses et sans cet organe sensible. La pièce a été montrée au centre d’art Le Lieu Commun (Toulouse), à l’occasion de l’exposition Neons.